Calendrier de l’avent
Selosse Marc-André, Nature et préjugés – Convier l’humanité dans l’histoire naturelle, Actes Sud, Arles, 2024.
Dans cet ouvrage érudit et accessible, Marc-André Selosse nous invite à regarder autre- ment ce vivant que nous pensions connaître. En contant les histoires de microbes, de plantes et d’animaux, il déconstruit avec humour et précision de nombreux préjugés sur la nature et sur nous-mêmes. Il y est question d’intelligence des plantes, de compétition ou de coopération, d’autonomie, d’équilibres naturels, de séductions humaines et de parades animales. J’en suis ressortie transformée. Moi qui pensais déjà être attentive au vivant, je le regarde aujourd’hui encore autrement. Ce livre a renforcé mes convictions : notre lien aux vivants est plus qu’un enjeu écologique, c’est une clé de transformation profonde, y compris pour notre rapport à la vigne, à la terre, et à la recherche de sens dans nos pratiques.
Darricau Yves et Darricau Léa, La vigne et ses plantes compagnes : histoire et avenir d’un compagnonnage végétal, Rouergue, Rodez, 2019
Je recommande vivement cet ouvrage, qui rappelle combien la diversité végétale a historiquement accompagné la vigne, et pourquoi elle pourrait redevenir un pilier d’une viticulture agroécologique. Dans une démarche agroécologique, repenser les interactions entre la vigne et son environnement végétal est une étape clé. Ce livre explore l’histoire oubliée, et pourtant profondément enracinée, du compagnonnage végétal en viticulture. En retraçant les liens anciens entre la vigne et d’autres plantes (arbres fruitiers, haies, espèces fixatrices d’azote...) les auteurs rappellent que la monoculture n’est pas une fatalité et que d’autres voies, plus résilientes, ont longtemps existé. Une lecture précieuse pour comprendre pourquoi et comment la réintroduction de ces plantes compagnes peut enrichir les sols, favoriser les auxiliaires, renforcer l’autonomie des vignerons… et nourrir une transition vers l’agroécologie.
Focus : calcul de l’empreinte EAU
Il existe plusieurs méthodologies pour calculer l’empreinte eau. La méthode AWARE (Available Water Remaining) est aujourd’hui largement utilisée et c’est celle qui est recommandée par la Commission européenne dans le cadre de calculs d’empreinte eau. Cette méthode a l’avantage de quantifier et prendre en compte le stress hydrique des régions concernées par les prélèvements en eau. Les impacts qualitatifs (pollution) sont traités séparément dans les ACV.
Le calcul de l’empreinte eau avec la méthode AWARE permet d’évaluer l’impact de la consommation d’eau en tenant compte de la disponibilité locale de cette ressource. Développée pour intégrer une dimension géographique et contextuelle, cette méthode repose sur le concept d’ « eau restante disponible ». Elle mesure la quantité d’eau douce qu’il reste pour les écosystèmes et les autres activités humaines après les prélèvements actuels.
En pratique, AWARE combine des données sur les besoins en eau, les prélèvements et les caractéristiques hydrologiques locales pour produire un indicateur exprimé en équivalents m³ d’eau manquante par unité de consommation. Cela signifie que plus une région est soumise à un stress hydrique, plus l’impact de la consommation d’eau y sera élevé. Dans le cadre de la viticulture, cette méthode permet de quantifier la pression exercée (irrigation, etc.) sur les ressources hydriques locales et d’identifier des leviers pour réduire la pression sur les zones les plus vulnérables.
En intégrant des facteurs contextuels, la méthode AWARE offre une approche fine et pertinente pour orienter des stratégies de gestion durable de l’eau, en particulier dans des régions déjà fortement touchées par le changement climatique.
Un changement de regard
Être robuste, ce n’est pas résister coûte que coûte. C’est accueillir la perturbation et en faire une source d’évolution.
La vigne, elle, le fait déjà. Elle plie, mais ne rompt pas. Elle réinvente son équilibre à chaque millésime.
Et si la filière, à son image, réapprenait à faire confiance au vivant ? La robustesse n’est pas une performance supplémentaire à atteindre ; c’est une sagesse du vivant à retrouver.
« Le vivant n’est pas fort, il est robuste : il ne gagne pas, il dure. » — Olivier Hamant, La Troisième Voie du vivant.
Dans la nature, la robustesse naît de 4 mécanismes essentiels :
1. La redondance – Plusieurs chemins mènent au même résultat. Les écosystèmes ne cherchent pas la voie la plus courte, mais la plus sûre. En viticulture : préserver la diversité des cépages, des sols, des pratiques.
2. L’erreur et l’aléa – Le vivant progresse par essai et erreur. C’est en expérimentant — parfois en échouant — qu’il s’adapte. Dans la filière : accepter l’expérimentation, les tâtonnements, de ne pas avoir toutes les réponses.
L’innovation, ce n’est pas tout maîtriser ; c’est apprendre à naviguer dans l’incertitude ?
3. Accepter le temps long – Le temps biologique n’est pas celui des marchés. Un arbre met des décennies à s’enraciner ; une vigne centenaire n’est pas performante, mais elle résiste. La lenteur, dans le vin, c’est la maturation des sols, la transmission des savoirs, le soin porté à la plante. C’est une autre forme d’efficacité : celle de la continuité.
4. Faire ensemble.
Source et lecture conseillée : La troisième voie du vivant. Olivier HAMANT – Odile Jacob
Le Cycle de l’eau
La gestion de l’eau est aujourd’hui un défi majeur. La demande mondiale en eau ne cesse d’augmenter.
Depuis 1900, la population mondiale a été multipliée par 4,7 et nos prélèvements en eau multipliés par 8, générant des tensions et parfois des conflits d’usage entre les secteurs (World water Council « Evolution of water withdrawals » since 1900).
Cette pression est amplifiée par les effets du changement climatique qui altèrent les régimes hydriques traditionnels.
Face à ces enjeux, repenser la gestion de l’eau au sein des domaines viticoles devient indispensable.
L’eau douce a la vie dure
Bien que l’eau couvre 70 % de la surface terrestre, 97,5 % de cette ressource est constituée d’eau salée, inutilisable pour la majorité des besoins humains.
Sur les 2,5 % d’eau douce restants, seulement 1 % est directement disponible pour les usages humains, tels que la consommation, l’agriculture et l’industrie.
Cette rareté accentue la pression sur cette ressource vitale, en particulier dans des contextes où la demande dépasse les capacités de renouvellement naturel.
L’eau douce est donc précieuse.
Face aux sécheresses de plus en plus fréquentes et intenses et aux pluies diluviennes, les viticulteurs reviennent à des mesures de bon sens pour ralentir l’écoulement de l’eau et en améliorer son stockage dans le sol.
Parmi ces approches, le design hydrologique est à saluer.
Le design hydrologique est une approche intégrée qui vise à optimiser la gestion de l’eau en prenant en compte les spécificités du territoire et les interactions entre ses éléments naturels.
Il repose sur une étude approfondie du ruissellement des eaux, c’est-à-dire la manière dont l’eau de pluie circule sur un terrain, s’infiltre dans les sols ou s’accumule en surface.
Comprendre ce ruissellement est essentiel pour concevoir des aménagements qui réduisent les pertes en eau, limitent l’érosion et favorisent une infiltration durable.
Au cœur de cette méthode se trouve le triptyque eau, arbre, sol, qui joue un rôle fondamental dans la régulation hydrique.
▶ Les arbres : par leur capacité à ralentir le ruissellement grâce à leurs racines et leur couvert végétal, permettent à l’eau de pénétrer en profondeur, protégeant ainsi les sols de l’érosion.
▶ Les sols : agissent comme des réservoirs naturels, dont la structure et la composition conditionnent leur capacité à retenir l’eau et à alimenter les nappes phréatiques.
▶ La gestion de l’eau : qu’il s’agisse de la capter, de la diriger ou de la stocker, doit s’intégrer harmonieusement à cet équilibre pour restaurer et maintenir des écosystèmes résilients.
Le design hydrologique, en plaçant ce triptyque au cœur de ses principes, offre une vision holistique qui répond aux enjeux de préservation des ressources en eau, de biodiversité et d’adaptation aux changements climatiques.
Source et lecture recommandée : Pour une hydrologie régénérative.
Biodiversité : un basculement d’ampleur historique
Les analyses récentes de l’Atlas de l’Anthropocène rappellent l’ampleur des transformations imposées aux écosystèmes : 75 % des surfaces terrestres, 40 % des environnements marins et 50 % des cours d’eau présentent aujourd’hui un niveau d’altération significatif du fait des activités humaines. Sur les 8,7 millions d’espèces estimées, environ 1 million serait menacé d’extinction, et pour près de 10 % des espèces animales continentales, la surface d’habitat encore disponible ne permet plus d’assurer leur maintien à long terme.
L’intensité de cette crise, comparable à celle des grandes extinctions biologiques du passé, s’est fortement accélérée au cours du XXᵉ siècle. Comme le souligne Elizabeth Kolbert, « cette fois, l’astéroïde, ce sont les humains » : fragmentation et artificialisation des habitats, surexploitation des ressources biologiques, dégradation structurelle des sols, changement climatique, pollution chimique et plastique, diffusion d’espèces exotiques envahissantes. Il s’agit d’un ensemble de pressions cumulatives, interconnectées et auto-renforçantes.
Le rôle central de l’agriculture
L’agriculture intensive, et plus largement le système agroalimentaire mondial, constitue un moteur majeur de ces pressions. La préservation de la biodiversité impliquera un changement systémique comparable, par son ampleur, à la transition énergétique : évolution des pratiques culturales, transformation des chaînes de valeur, arbitrages dans l’usage des terres et redéfinition de l’équilibre entre production, consommation et régulation publique.
Un enjeu vital pour la résilience de demain
Les écosystèmes jouent également un rôle déterminant dans la stabilité climatique. Atteindre la neutralité carbone suppose de préserver et de renforcer les capacités d’absorption des sols, des forêts et des milieux naturels, dont dépend la gestion des émissions résiduelles à long terme.
Extrait de « A Speech for History » — Jane Goodall (UNESCO, 19 octobre 2024)
« Réalisez que vous pouvez faire la différence chaque jour.
Chaque individu est important.
Chacun a un rôle à jouer.
Chacun d’entre nous a un impact sur la planète chaque jour.
Et nous pouvons choisir le type d’impact que nous avons…
Ce n’est pas seulement l’affaire des gouvernements et des grandes entreprises.
C’est à chacun d’entre nous de changer sa vie…Rassemblons-nous et faisons chacun de notre mieux, de toutes les manières possibles. Rendons le monde meilleur pour les enfants qui viendront après nous et aidons-les à rendre le monde meilleur pour eux-mêmes. »
*Extrait du discours prononcé par Jane Goodall à l’UNESCO, le 19 octobre 2024, devant un public composé d’activistes, de scientifiques, de naturalistes, d’artistes, d’intellectuels, de représentants du mouvement Roots&Shoots et d’officiels français et internationaux. Un discours qualifié de « speech for history ». *
La théorie du Donut : une nouvelle économie est possible
Développée par l’économiste Kate Raworth, la théorie du Donut propose un cadre renouvelé pour penser l’économie du XXIᵉ siècle. Son ambition : répondre aux besoins essentiels de chacun tout en respectant les limites planétaires.
Ce modèle, élaboré au fil de ses 11 années de travail au sein d’Oxfam Grande-Bretagne, repose sur deux seuils complémentaires :
-
un plafond écologique, défini par les neuf limites planétaires mises en évidence par les sciences naturelles ;
-
un plancher social, constitué des besoins fondamentaux liés à la santé, au bien-être et aux conditions de vie nécessaires à l’épanouissement des individus.
Entre ces deux limites se situe l’espace “sûr et juste” dans lequel peut prospérer une économie durable, inclusive et en capacité de répondre aux défis climatiques et sociétaux contemporains.
La Théorie du Donut invite ainsi à redéfinir nos modèles économiques, à interroger les récits qui les structurent et à orienter les décisions publiques et privées vers une trajectoire compatible avec le vivant. Cette approche, aujourd’hui largement mobilisée dans les débats sur la transition, offre un éclairage utile pour l’ensemble des filières, y compris celle du vin et des spiritueux, où la recherche d’un équilibre entre ressources, territoires et activité économique devient un enjeu stratégique pour l’avenir.
*Source : Oxfam France, « La Théorie du Donut : une nouvelle économie est possible ». *
« L’échec n’est pas inévitable. C’est un choix. » — Johan Rockström
Johan Rockström et les limites planétaires.
En 2009, le chercheur suédois Johan Rockström publie avec une équipe internationale une étude déterminante :
A safe operating space for humanity, parue dans la revue Nature.
Ce travail fondateur établit le cadre des neuf limites planétaires, aujourd’hui largement utilisé pour comprendre les seuils au-delà desquels les écosystèmes pourraient basculer. Ces travaux ont profondément renouvelé la manière d’aborder les enjeux climatiques, la biodiversité, l’usage des ressources et les dynamiques planétaires. Ils éclairent aussi les marges de manœuvre dont disposent les sociétés pour préserver un espace d’action sûr pour l’humanité.
« L’échec n’est pas inévitable. C’est un choix. » — Johan Rockström
Le calendrier proposera, au fil des prochains jours, plusieurs éclairages complémentaires sur le concept de limites planétaires, et sur la manière dont il peut guider les transitions à mener au sein de nos territoires viticoles.
Source : Futura Sciences, « Johan Rockström, père des 9 limites planétaires : “L’échec n’est pas inévitable. C’est un choix” », publié le 18 novembre 2025.
« Il y avait un étrange silence dans l’air. Les oiseaux par exemple – où étaient-ils passés ?
« Il y avait un étrange silence dans l’air. Les oiseaux par exemple – où étaient-ils passés ?
On se le demandait, avec surprise et inquiétude. Ils ne venaient plus picorer dans les cours. Les quelques survivants paraissaient moribonds ; ils tremblaient, sans plus pouvoir voler. Ce fut un printemps sans voix. »
Le 27 septembre 1962, la biologiste américaine Rachel Carson a publié Printemps silencieux (Silent Spring en version originale), premier livre consacré aux effets désastreux des pesticides et du productivisme agricole sur le vivant. La parution du livre de la biologiste fit l’effet d’un coup de tonnerre. Son alerte sur les pesticides a conduit à l’interdiction du « dichloro-diphényl-trichloroéthane », mieux connu sous le nom de « DDT » en 1972 par l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis.
En France, cette décision a été prise en 1971. Son livre est devenu une référence incontournable de l’écologie politique.
Quel vignoble voulons nous ? Partie 1 Case 15
Peu de sujets suscitent autant de réactions contrastées dans la filière que celui des variétés résistantes.
Porteuses d’espoir pour certains, objet de méfiance pour d’autres, elles incarnent une transformation en cours des pratiques culturales, au croisement d’enjeux agronomiques, environnementaux, culturels et de santé.
Dans un contexte marqué par une pression croissante sur l’usage des intrants — pour des raisons climatiques, réglementaires, économiques, mais aussi de santé publique — ces variétés, sélectionnées notamment pour leur résistance au mildiou et à l’oïdium, apparaissent comme une voie sérieuse vers une viticulture moins dépendante des produits phytosanitaires.
Leur développement soulève toutefois des interrogations.
Issues de croisements interspécifiques (et en aucun cas de modifications génétiques), s’écartant parfois des cépages patrimoniaux, les variétés résistantes questionnent la place que nous accordons à l’innovation dans une filière profondément attachée à la tradition et à l’origine.
Leur promesse repose d’abord sur un levier technique : la réduction significative des traitements phytosanitaires.
Dans les expérimentations menées au sein de l’observatoire OSCAR, certaines parcelles ont enregistré jusqu’à 83 % de traitements en moins, tout en maintenant une protection sanitaire jugée satisfaisante. Un progrès majeur, tant sur le plan environnemental que sanitaire.
Moins de traitements, ce sont aussi moins de passages de tracteurs, donc moins d’émissions de gaz à effet de serre, moins de tassement des sols, et une meilleure préservation de la vie microbienne.
C’est enfin une réduction directe de l’exposition des vigneronnes, des vignerons et des riverains aux produits chimiques, avec des bénéfices clairs en matière de santé publique.
Ce sujet mérite plus qu’une seule case. La suite s’invitera dans le calendrier cette semaine.
Quel vignoble voulons-nous ? Partie 2 Case 18
Si les variétés résistantes séduisent de plus en plus d’acteurs pour leur efficacité agronomique, elles continuent de susciter des réserves profondes au sein d’une partie de la filière.
En cause : un statut encore fragile, leur compatibilité avec les cahiers des charges des appellations, et, plus largement, la crainte d’une rupture culturelle dans l’approche du vin.
D’autres interrogations émergent, notamment autour du risque d’uniformisation génétique.
À force de sélectionner quelques variétés jugées « efficaces », ne prend-on pas le risque d’appauvrir la diversité viticole ?
Par ailleurs, les résistances peuvent, dans certains cas, être contournées par les pathogènes, comme cela a déjà été observé dans d’autres cultures agricoles.
C’est pourquoi les chercheurs recommandent de ne pas viser un zéro traitement absolu, mais de maintenir une protection minimale — notamment à base de cuivre ou de soufre — tout en renforçant les régulations biologiques, la diversité fonctionnelle et la santé globale du vignoble.
Depuis 2018, treize variétés issues du programme INRAE-ResDur ont été inscrites.
Parmi les plus connues : Artaban, Vidoc, Floréal, Voltis, auxquelles se sont ajoutées plus récemment Calys, Exelys et Artys, homologuées en 2024.
Chacune combine des gènes de résistance spécifiques au mildiou et à l’oïdium, et répond à des contextes climatiques et viticoles différenciés.
L’essor des variétés résistantes ne se limite pas à la France, bien au contraire.
En Allemagne, en Suisse, en Italie ou encore en Hongrie, d’autres programmes ont donné naissance à des cépages interspécifiques, souvent regroupés sous l’appellation PIWI (Pilzwiderstandsfähig, « résistant aux champignons »).
Ces dynamiques alimentent un mouvement de renouveau, fondé sur la recherche scientifique, les retours d’expérience de terrain et une volonté assumée de faire évoluer les pratiques. Ces débats sont particulièrement sensibles en France, car ils touchent au récit collectif de la vigne : une agriculture enracinée, territoriale, incarnée.
Les variétés résistantes viennent bousculer ce récit, non pas pour le rompre, mais peut-être pour l’actualiser.
La question posée n’est donc plus seulement :
« Sont-elles efficaces ? »
mais bien :
« Quelle viticulture voulons-nous construire ensemble pour demain ? »
Albert EINSTEIN pour changer notre regard sur le monde ...et l univers
« On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés. »
Pour aller plus loin : je vous recommande la lecture de la nouvelle bio EINSTEIN de Walter Isaacson - Edition Point Nemo. Un pavé mais j'ai adoré !
Observer, expérimenter, s’adapter : les projets VITADAPT et GREFFADAPT
Observer, expérimenter, s’adapter : les projets VITADAPT et GREFFADAPT
Parmi les dispositifs de recherche appliquée qui éclairent la filière face aux changements climatiques, le projet VITADAPT joue un rôle pionnier. Lancé en 2007, il explore les capacités d’adaptation variétale dans le contexte bordelais. Sur une même parcelle expérimentale, cinquante-deux cépages sont suivis depuis 2012, parmi lesquels les cépages traditionnels du Bordelais mais aussi des variétés moins connues dans la région, sélectionnées pour leur potentiel qualitatif et leur comportement en conditions plus chaudes ou plus sèches.
Cette observation à long terme permet de comparer la précocité, la réaction au stress hydrique, ainsi que l’évolution de la qualité et de la quantité des raisins. Les données collectées alimentent une base unique pour éclairer les choix d’encépagement à venir. C’est dans ce cadre qu’ont été identifiés sept cépages désormais intégrés dans les cahiers des charges des AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur.
Le projet GREFFADAPT, complémentaire, s’intéresse quant à lui à un autre levier d’adaptation : les porte-greffes. Depuis 2015, cinquante-cinq d’entre eux, dont trente inscrits en France et vingt-cinq d’origine étrangère, sont testés en combinaison avec cinq cépages emblématiques (Cabernet Sauvignon, Grenache, Pinot noir, Syrah, Ugni blanc). Les deux cent soixante-quinze binômes ainsi constitués sont observés pour évaluer leurs performances agronomiques, et en particulier leur résistance au stress hydrique.
Ces deux dispositifs illustrent comment la recherche de terrain, rigoureuse et connectée aux enjeux climatiques, peut nourrir les décisions stratégiques de demain en matière d’adaptation des vignobles.
L’importance de la pensée systémique
L’importance de la pensée systémique
Adopter une pensée systémique est essentiel pour comprendre et agir sur la complexité des systèmes vitivinicoles. Cette approche permet de prendre en compte les multiples interactions entre les différents éléments d’un écosystème : sols, biodiversité, climat, pratiques agricoles, économie et société. Plutôt que de traiter les problèmes de manière isolée, la pensée systémique vise à identifier les causes profondes et à concevoir des solutions globales et durables.
Dans son ouvrage Pour une pensée systémique, Donella Meadows, co-auteure du célèbre rapport Meadows, rappelle que certains des grands problèmes actuels sont dus à des défaillances de systèmes. Ils ne peuvent être résolus qu’en prenant en compte l’ensemble des faits d’un système complexe, non pas isolément mais globalement en intégrant l’ensemble des parties prenantes en raison de leurs interactions.
Intégrer la pensée systémique en viticulture permet d’articuler pratiques agricoles, résilience climatique et dynamisme économique, tout en impliquant les acteurs locaux dans une vision commune et cohérente.
C’est une clé pour bâtir un avenir durable et adapté aux enjeux de la transition agroécologique.
Pourquoi les gaz à effet de serre réchauffent la planète ?
Pour comprendre pourquoi l’augmentation des GES entraîne un réchauffement de la température terrestre, il faut revenir au fonctionnement de l’effet de serre. Ce phénomène naturel permet à la Terre de conserver une partie de la chaleur qu’elle reçoit du soleil, en retenant dans l’atmosphère les rayons infrarouges réfléchis par la surface terrestre. Sans lui, la température moyenne sur Terre serait de –18 °C, contre 15 °C aujourd’hui : c’est donc un équilibre vital. Lorsqu’elle reçoit l’énergie du soleil, une partie est absorbée par la surface terrestre pour la réchauffer, et une autre est renvoyée vers l’espace sous forme de rayonnement infrarouge. La température de la Terre s’ajuste en permanence pour équilibrer l’énergie absorbée et celle réémise. Or, une concentration plus élevée de GES – tels que le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) ou le protoxyde d’azote (N2O) – agit comme une barrière supplémentaire à ce rayonnement infrarouge sortant. Une partie de cette énergie est alors piégée dans l’atmosphère, empêchant l’équilibre de se faire à température constante. Cela crée un déséquilibre énergétique appelé forçage radiatif. La température des surfaces terrestres doit donc augmenter jusqu’à ce qu’un nouvel équilibre soit atteint, mais à un niveau thermique plus élevé. Une analogie simple est celle de la couette : l’atmosphère agit comme une couverture thermique. Plus on ajoute de GES, plus cette couverture s’épaissit, et plus la chaleur est retenue. Comme ces gaz sont chimiquement stables et persistent longtemps dans l’atmosphère (jusqu’à plusieurs décennies ou siècles), leurs effets sont durables : même à émissions constantes, la température continue de monter jusqu’à ce nouvel équilibre.
Le réchauffement climatique est l’un des signes les plus visibles du dérèglement global.
L’Accord de Paris vise à limiter ce réchauffement en dessous de +2 °C d’ici 2100, car au-delà, on risque d’enclencher des boucles de rétroaction irréversibles : fonte du permafrost, dépérissement des forêts, affaiblissement des courants océaniques… Ces phénomènes libèrent à leur tour des gaz à effet de serre ou modifient les équilibres climatiques, aggravant encore le réchauffement : c’est ce qu’on appelle un emballement climatique. Ce réchauffement global n’est pas à interpréter comme un simple passage de 30 °C à 32 °C en été, mais plutôt comme une élévation de la température corporelle de 37 °C à 39 °C : deux degrés seulement, mais qui signalent une fièvre élevée, un dérèglement grave du système. De la même manière, +2 °C pour la planète déséquilibrent en profondeur le système Terre, et provoquent déjà des événements extrêmes plus fréquents et plus intenses : canicules, incendies, sécheresses, inondations…
Halpern Gabrielle, Créer des ponts entre les mondes, Fayard
Dans Créer des ponts entre les mondes, la philosophe Gabrielle Halpern propose une réflexion stimulante sur la notion d’hybridation, entre secteurs, métiers, cultures ou façons d’habiter le monde.
Contre les logiques de spécialisation et de cloisonnement, elle plaide pour une approche décloisonnée et transversale, où la richesse naît de la rencontre entre des univers différents. Son propos résonne particulièrement avec les enjeux agricoles : penser la fertilité des alliances entre filières, tisser des liens entre agriculteurs, citoyens, chercheurs, territoires, et sortir d’une vision en silos.
Un essai qui rappelle combien il est urgent de retisser des ponts entre la société et celles et ceux qui nous nourrissent.
Dans quel monde voulons-nous vivre demain ?
Quel acteur du changement souhaitons-nous être, individuellement et collectivement ?